

Décor sensationnel de haute montagne, l’hôtel choisi à 1.600 mètres augmente ce côté féérique. Pra Loup, Les Blancs, un accueil formidable, une piscine, une vue merveilleuse. « Les Molanes » est à la même altitude que la station de Pra Loup proprement dit. À un kilomètre de la station une petite route y mène le touriste, les deux derniers lacets sévères, à 12-13%, nous conduisent au chalet.
Arrivé jeudi soir, je décide vendredi de découvrir la station à vélo, mais en civil, avec bien sûr le casque et les chaussures de vélo. D’abord descendre l’accès à Molanes, puis monter le dernier kilomètre et demi de l’ascension de la montée de Pra Loup. Ça a l’air bien. La surprise est dans le final. La traversée de la station est elle aussi en pente et fameuse : deux hectomètres à 12-13% ! Je me laisse guider par le sens giratoire et voilà que la route redescend déjà vers l’entrée/sortie de la station. À la sortie de Pra Loup 1600, la route à droite et la petite rampe à 12-13% jusqu’au châlet. Voilà une première petite sortie d’à peine 5,4 km, petite mise en bouche.

1. Vars & Pra Loup
La première étape, c’est pour samedi : Col de Vars & montée sur Pra Loup.
Il est à peine passé neuf heures quand je me lance dans la descente de Pra Loup. Le premier kilomètre est de très mauvaise qualité, plein de trous et de bosses, mais dès que je suis sur la route principale qui relie Barcelonnette à la Pra Loup, c’est un véritable billard, bien large de surcroit. Encore froid, cependant, je roule doucement sans m’emballer. L’échauffement suit dans la vallée de Barcelonnette à Jausiers. Dix kilomètres d’une route en pente douce pour monter de cent mètres (moy : 1%). Le vent favorable vous donne l’impression d’être dans un bon jour, ce qui est toujours bon à prendre. La route est belle, fréquentée certes, mais par des automobilistes très respectueux des cyclistes. En bord de route, des arrosages automatiques aspergent les prairies, mais parfois aussi la route suivant le vent. À Jausiers, je découvre à droite la route qui part vers la cime de Bonette, mais je continue et oblique vers le nord en direction du Col de Vars. La route est maintenant moins fréquentée, je n’aurai plus besoin de m’arrêter pour prendre les quelques clichés qui suivront, je les prendrai en roulant.
Avec les dix kilomètres pour rejoindre Barcelonnette au départ, je suis au kilomètre 25 quand la route se sépare : col de Larche vers l’Italie à droite, col de Vars à gauche, plein nord. La pente jusqu’ici n’avait jamais vraiment excédé les 2%. Voici le début de l’ascension, première catégorie, 15 km me séparent encore du sommet. Je viens de quitter La Condamine. Cinq kilomètres pour cent nouveaux mètres de dénivelé me conduisent aux deux tunnels qui marquent le début des « hostilités », endroit choisi pour le premier ravitaillement en boisson. Le ciel est bleu. Le soleil généreux chauffera la montée de 28 à 30°. La difficulté augmente graduellement. Deux bornes à 4,5% voici St Paul sur Ubaye. Trois bornes très variées de 6% de moyenne voici Melezen, dernier petit hameau avant la montée finale. Il reste cinq kilomètres, l’attaque d’un régiment de taons (deux piqures, deux morts), 9% de moyenne. Mais le kilomètre le plus dur est juste à la sortie de Melezen 10,5%. La difficulté ira decrescendo jusqu’au sommet pour finir autour de 8%. Photo d’usage au sommet d’un très joli col qui culmine à 2 108 mètres, petit pique-nique et je plonge par le même chemin dans une agréable descente légèrement ralentie par un vent contraire sur le final à pente douce et sans lacets. Il vaut mieux l’avoir favorable à la montée, non ? Ce fut le cas ce matin jusqu’aux lacets après St Paul.
Par contre de Jausiers à Barcelonnette, c’est l’inverse : la route à beau descendre (légèrement), il faut pédaler, car le vent dans cette vallée vient de l’ouest, pleine face. Cela a le don d’user les forces avant la montée finale sur Pra Loup.
Mais l’ascension de Pra Loup est plus courte et cela fait beaucoup. Sept kilomètres pour s’élever de 500 mètres. Je ne m’emballe pas et monte à ma main. Je sais que le final sera explosif, mais d’ici là, les pourcentages sont plutôt sympathiques. C’est le soleil qui va ici changer la donne : 35-36°, ça cuit ! Le vent du nord est même bénéfique de face, car il rafraichit, un comble !
Eddy Merckx avait subi dans cette montée sur Pra Loup une défaillance fatale en 75 qui allait lui couter le Tour… Eddy m’accompagne jusqu’au sommet de cette ascension classée Hors Catégorie en 78. C’était l’année de l’introduction de ce nouveau barème « HC ». Plus tard, ce barème supérieur sera réservé à des montées plus longues. Le col de Vars sera lui classé en première catégorie.
J’arrive donc à Pra Loup la bouche grande ouverte à la recherche de l’air si rare et si chaud, content de cette première étape. Je n’ai plus qu’à me laisser redescendre un peu avant la dernière rampe vers le chalet, route découverte hier.
Quelques chiffres : 84,39 km – 5h – 16,9 km/h – dén.: 1.533 m – 18 à 36° – soleil et vent.


Dimanche, bonne récupération. Je suis tout-à-fait capable d’enchainer une deuxième étape consécutive, mais ce n’est pas au programme. Aujourd’hui, découverte (en voiture) de la Cime de Bonette.
Lundi, selon les conditions physiques et météorologiques, la deuxième étape pouvait déjà avoir lieu. Mais voilà, le ciel est chargé, la pluie voire des orages sont attendus pour la journée : repos.

2. Cime de la Bonette
Mardi matin, la météo est encore au centre de toutes les préoccupations. Rouler hier aurait permis de rajouter une sortie sur le séjour, ne pas rouler aujourd’hui mettrait en péril la tenue intégrale de la troisième étape aux trois cols. Mais voilà, le ciel est encore plus garni qu’hier. L’’horizon où que l’on regarde est garni de gros nuages gris et blanc chargés en pluie. Pas un coin de ciel bleu, même si les cimes sont dégagées. La mort dans l’âme, je vais déjeuner. Là, Hervé, le patron de l’hôtel, nous prétend que si les cimes sont dégagées, les nuages vont se lever. L’annulation de l’étape n’est bientôt plus au programme.
À neuf heures, je pars pour la Cime. Il fait déjà beau ! Je descends la station de Pra Loup et me redirige vers Jausiers comme samedi. Dans Jausiers, km 18, la route la plus haute d’Europe m’attend à droite. Les bornes vont rythmer l’ascension de 24 km. Cela ne fait que deux kilomètres en plus que le col de Vars, mais ici pas de longue mise en bouche, je rentre directement dans le vif du sujet après un petit kilomètre à 2%. Et ça c’est une autre affaire, car le gros de la montée du col de Vars était concentré dans les dix derniers kilomètres. Le premier ravito en boisson est prévu à l’altitude 2000. 11 kilomètres plus loin (km 29), 800 mètres plus haut !
Km 25, il y a 28°, la journée sera belle. Km 26, un peloton fort d’une vingtaine de mouches a décidé de me prendre pour le cheval du coche. Cela durera trois kilomètres ! Un taon va insidieusement se glisser parmi les demoiselles pour me piquer méchamment le triceps droit. Il le payera de sa vie, mais le mal est fait. Km 28, la température est un peu tombée (23°). Les mouches ne sont plus là. La montée est longue, je ne suis même pas à la moitié de celle-ci au ravito. Deux vieux Italiens bien sympas se sont arrêtés au même endroit, à côté du dernier refuge. Nous entamons une conversation dans un franco-italien de toute beauté. Mais le temps passe, je décide de manger... un peu. Ils repartent. Je les suis dix minutes plus tard. Le deuxième et dernier ravito de la journée est placé sur le dernier petit parking de l’ascension au km 36, à 6 bornes du sommet. Bientôt je reviens sur mes amis italiens. Le premier marche à côté de son vélo. Le deuxième tout autant, mais lui a décidé de couper à travers le décor. Il se retrouvera bientôt face à un mur de pierres... Je continue mon ascension. Je contourne le très joli lac des Essaupres. Le relief est ainsi présenté que le futur m’est souvent caché. Pas de casernes de Restefond en vue. Une impression de longueur infinie. Voilà ? Non, pas encore. Chaque hectomètre supplémentaire avant le ravito ne sera plus à grimper après, réconfort. Km 37, j’y suis. Est-ce l’altitude ? Je suis plus essoufflé que fatigué. Je mange mes sandwiches au choco et je fais le plein de tout le nécessaire pour le reste de la journée. En quoi consiste celui-ci ? Cinq kilomètres me séparent du sommet de la cime de Bonette (2802 m), mais cette cime est jalonnée de cols à plus de 2000 mètres. Une moisson non négligeable pour le Club des Cent Cols. Pour rappel, pour entrer au CCC, il faut déclarer sur l’honneur avoir passé 100 cols à vélo dont 5 à plus de 2000 m, et chaque centaine de cols supplémentaire sera composée d’autant de « plus de 2000 ». Le Col de Vars, samedi, était un « plus de 2000 », mais dans le voisinage de la Cime de la Bonette, il y a SIX « plus de 2000 » ! La Moutière sur un chemin muletier à faire en VTT ou par le versant sud qui demande un long détour, a été remis à plus tard. Le Faux-Col de Restefond et le Col de Restefond sont situés avant la Cime, Les Granges Communes et les Fourches sont respectivement à 4 et 8 km sur l’autre versant. Depuis quelques semaines, je savais que je ne ferais pas la montée totale du versant sud, le nord étant déjà très long. Durant la montée, je me suis souvent demandé si j’aurais le courage de me lancer dans la descente même très partielle de ce versant sud pour aller chercher ces deux derniers cols... En quittant le dernier ravito, il me reste 4 km jusqu’au Col de la Bonette (2715 m). Ce sont quatre kilomètres plus « doux ». Le moral remonte. Ayant bien étudié le parcours, je ne serai pas comme d’autres plus intrépides, surpris par la pente la plus sévère de toute de la journée à plus de 10% entre le Col et la Cime de la Bonette. La Cime n’est pas un col, mais c’est le sommet de l’ascension Hors Catégorie du Tour de France.
Au km 39, à 3 km du sommet, un moment très attendu : une marmotte surgit de la droite de la route. « Oh Marmotte ! » elle me regarde et fait demi-tour en dévalant le flan de montagne en ligne droite avec cette démarche caractéristique de cette peluche des montagnes. Trois jours plus tard, lors d’une discussion au chalet, je comprendrai que Dame Marmotte me montrait le chemin du pays des marmottes. Sûr, j’y reviendrai aux portes du Col de la Moutière. Mon moral est au zénith. Je sais que je vais basculer en haut et faire la randonnée prévue. Au Col de la Bonette, je ne m’arrête pas, je poursuis jusqu’à la Cime. Deux petites congères, derniers vestiges d’un hiver bien lointain, bordent la gauche de la route. La date du 3 août 2010 y a été gravée ce matin. Je donne tout. Au sommet, il me faut quelques minutes pour retrouver mon souffle après avoir franchi la ligne. 20°, je ne traine pas. De l’autre côté, les nuages du matin sont toujours là. Je plonge vers Nice. Enfin, je passe les Granges Communes et je m’arrête au Col des Fourches pour revenir au Col de la Bonette. Le col de la Bonette, pas la cime, permet de passer d’un versant à l’autre, il me reste 7 km à gravir... à ma main. Cela se passe bien. J’aurai même droit aux encouragements de la famille qui m’a pris en photo à la Cime. Ils me croyaient mort et me retrouvent en train de grimper de l’autre côté !?! Je me lance bientôt dans la longue descente vers Jausiers. À savourer ! Satisfaction, mon coupe-vent Noret est tout-à-fait suffisant pour supporter agréablement les 14° de la descente. Arrivé à Jausiers, il me reste 10 km pour rejoindre Barcelonnette. Un vent terrible dans le nez qui m’oblige à pédaler en descente pour avancer. J’y mets les forces qu’il me reste pour garder une bonne allure sous les 31° de la vallée. L’arrivée aujourd’hui est jugée à Barcelonnette au pied de la station.
Quelques chiffres : 88,27 km – 6h10’31’’ – 16,9 km/h – dén.: 2.098 m – 14 à 31° – soleil, gros vent sur le final.


Mercredi, repos indispensable, il m’eut été impossible de rouler aujourd’hui. Au programme : découverte (en voiture) de l’étape reine des 3 cols. Moins renommés, les cols à franchir seront la Cayolle, les Champs et Allos. Ce sera ma première étape avec trois grandes ascensions, les 3 cols étant chacun à plus de 2000 mètres. Deux cols seraient également aux alentours l’un de la Cayolle, l’autre des Champs. Le décor est magnifique, mais la route pour monter à la Cayolle est étroite sur son début et le croisement avec un autre véhicule non aisé. Il convient de laisser l’autre passer, de reculer parfois... J’aime la conduite en montagne, mais ce n’est pas donné à tout le monde... La descente du col d’Allos, le dernier, sera du même acabit. Bilan : pas de ravito possible sur la route des 3 cols. Possibilité : prendre tout avec moi et trouver de l’eau le long de la route. Je crois que je vais le faire en totale autonomie.
Par ailleurs, les deux cols supplémentaires au voisinage des sommets sont inaccessibles. Pour celui des Champs, il faudrait un VTT pour l’autre n’en parlons même pas, pas de chemin !
Jeudi, repos. Au soir, la météo est suivie avec attention et là : « Matin, beau. Après-midi, pluie, neige au-dessus de 2300 m. Orages en fin d’après-midi... » L’autonomie est un risque que je ne veux pas prendre. J’ai fait une bonne sieste après-midi et je suis confiant pour ma forme. Je suis pris entre l’envie de réaliser cet objectif majeur test pour mon Tour 2012 et mon refus d’un risque trop important. Avant de me coucher, la décision est prise : les 3 cols passent à la trappe. Mais...
Le Col d’Allos, qui devait être le dernier, est réservé aux cyclistes tous les vendredis de juillet et d’août de 8h à 11h. Je commencerai ma journée par celui-ci en aller-retour. Ce qui me permet d’avoir un ravito au pied de la station de Pra Loup. De là, si la météo le permet, je remontrai vers le Col de la Cayolle, à nouveau en aller-retour, ravito possible au même endroit que le premier. Et si encore possible : la montée vers la station de Pra Loup. 3 ascensions, deux longues et un plus courte. 104 km dont la moitié en montée.

3. Allos, Cayolle & Pra Loup
Vendredi, lever à 6h40. Parti à 8h40. Moralité, il me faut toujours deux heures entre le lever et le départ... Je descends la station de Pra Loup, il y a treize degrés, mais le coupe-vent est toujours aussi efficace. Au pied du Col d’Allos, deux barrières peintes l’une en jaune, l’autre en blanc à pois rouges, coupent la route à la circulation. Une sensation de sécurité non négligeable m’envahit. La température toujours sous les vingt, je décide d’entamer la montée avec mon Gamex. N’ayant pas eu le temps de m’échauffer les jambes sont prises à froid par un premier kilomètre à 8 %. La journée va être longue, je monte doucement veillant à rester à de faibles pulsations. Après quatre kilomètres, la température est à 20°. Je m’arrête pour me mettre à l’aise sous un « Tiens, v’là le premier abandon ! » C’est vrai qu’il y a de tout dans cette montée. Des touristes d’un jour comme des habitués. Je me dis alors que je vais peut-être avoir des cyclos qui roulent moins facilement que moi ! Cela a le don de me booster et je décide que l’échauffement a assez duré. Le coupe-vent plié dans la poche, j’entame les kilomètres les plus durs sur un bon rythme. Je dépasse bien vite un maillot jaune que je ne reverrai plus. Puis, trois cyclos, un couple et un jeune gars d’une vingtaine d’année qui a l’air de peiner. Les parents l’attendent visiblement. Voilà que subitement je me mets à compter : 4... D’habitude, je compte ceux qui me dépassent. Oh, là il y en a déjà eu une petite vingtaine, mais ça c’est normal ! Je dépasse un maillot « Poggio », un italien sans doute. Voilà que je me mets même à les prendre en photo. En voici deux autres que je vais manger à l’avantage de ces pourcentages plus rudes : un champion du monde « Ti-Raleigh » et plus loin un maillot bleu (7). Quitte à me mettre dans le rouge et à raccourcir la journée, je me dis que c’est mon ascension et j’y vais ! Je suis bientôt sur un kilomètre moins pentu qui annonce la deuxième partie de l’ascension. Le gars en bleu qui m’avait gardé à vue, repasse devant. Je le tiens à dix mètres. Puis voilà un compteur cardiaque qui bip derrière moi. Il me dépasse, c’est le numéro 5, le « Poggio ». Je prends sa roue. Un bip qui sonne c’est une zone cardiaque dans le rouge. Nous laissons au bleu le soin de mener la danse vu qu’il a pris les devants. Après quelques kilomètres, il met la flèche et se retire à gauche, nous le laissons. Le « Poggio » prend son relais. Je garde sa roue, je ne peux pas plus. Après deux bornes je viens à sa hauteur pour entamer la conversation et au moins me présenter. Il n’est pas Italien. Il s’appelle Didier et vient de Nantes. Il a eu un problème cardiaque et ne peut dépasser les 120 pulsations, d’où le bip. Nous décidons de manière tacite de rouler à deux. La discussion fait passer le temps et prouve que le souffle est bon. A une borne du sommet, j’aperçois Fred et Félix, un père et son fils, qui logent à notre hôtel. Ils ont réussi leur ascension en 1h45. Didier et moi finissons, main dans la main (comme à la télé), non sans avoir dépassé deux autres paires de cyclos à l’arrêt sur le bord de la route. Au sommet deux Barcelonais (fier de leur Barça champion d’Europe, mais pas de l’Espagne championne du monde) me prennent en photo et m’interrogent sur la Cayolle. Je prends la descente immédiatement. D’abord sans voitures, mais bientôt en route partagée, car il est passé onze heures, les moteurs sont lâchés. Je croise un tandem au maillot de cent cols que je salue. Plus bas je reviens sur Felix, attendu par son père. Félix en voulant éviter une voiture qui montait au milieu de la route a fait un écart et a chuté. Plus de peur que de mal, égratignure à la main et au genou, mais le reste va bien. Il descend maintenant plus lentement. La fin de la descente, le dernier kilomètre avant l’entrée de Barcelonnette (point de ravito), est large et très roulante. Je me permets un 60 km/h, rien d’excessif !
Je suis en bas, frais comme jamais. Je vais chercher la Cayolle. Je n’ai pas fort faim, je me force à manger un petit pain et je mets les trois autres en poche. Je fais le plein en boisson, car la route va être longue : 27 km d’ascension et autant en descente. Avec la pause repas qui devra avoir lieu dans la Cayolle, cela fera pas loin de quatre heures et maintenant il fait chaud. Pas de canicule, mais 28°, ça donne soif. Deux bidons à gérer. Parti de quelques hectomètres, j’entends crier derrière moi. C’est Fred qui retourne à Barcelonnette qui m’encourage pour la Cayolle.
La Cayolle se monte en trois temps : la première partie est roulante, 7 km à 3 %. La route est étroite en voiture, mais à vélo pas de réel danger si l’on est attentif. Le décor est grandiose : les gorges du Bachelard à flancs de roche. Après le grand pont, la deuxième partie est composée de kilomètres plus exigeants et d’autres toujours à 3 % en alternance. Je me fais dépasser par les deux Barcelonais, puis par un troisième. Il y a peu de cyclos en ce début d’après-midi dans la Cayolle. Probablement à cette heure-ci, seuls ceux qui doublent Allos et Cayolle. Je passe un cyclo chargé de lourdes sacoches. Il s’est arrêté pour retirer quelque chose de son sac. Il me redépasse pendant que je mange. Nous jouerons à ce petit jeu sans vraiment rouler proche l’un de l’autre encore deux fois. Un taon agressif tourne autour de moi. Je descends de mon vélo. L’assomme, une fois, deux fois, la troisième est la bonne. Cela fait déjà le quatrième taon aujourd’hui. Je préfère de loin les nombreux papillons qui m'accompagnent et les lézards qui croisent ma route. Les neuf derniers kilomètres sont les plus durs : 4 km à 5 % suivis de 5 km à un peu plus de 7 %. Curieusement le pied s’est roulé au milieu des à-pics le final se roule au milieu des prairies où le Bachelard coule paisiblement. Évidemment le décor est toujours majestueux.
Après la photo faite par un motard, qui juge utile de se foutre de mon développement, je redescends vers le ravito 2, au même endroit que le premier. De nombreux kilomètres sur la fin de la descente nécessitent de pédaler et de souvent relancer, mais tout va bien. Pas de risques, pas d’excès, pas de danger. C’est toujours en bon état que j’arrive à Barcelonnette. L’analyse de mon cardio montrera plus tard que je n’ai jamais été très haut... en pulsation (< 160 alors que mon max = 189). Du côté altitude par contre, 2240 m pour Allos, 2326 m pour la Cayolle, la tête dans les nuages qui avaient eu le bon goût de ne pas s’inviter. Les Alpes sous la neige, peut-être, mais les Alpes Maritimes connaissent un microclimat méditerranéen !
Confiant, j’irai donc chercher Pra Loup la troisième ascension du jour, plus courte, car longue seulement de 7 km, mais aux pentes plus exigeantes, déjà testées samedi passé.
Trois bornes entre 6 et 8 %, je gère. Le kilomètre à 10 %, ça passe bien. Et puis le final, une borne à 5 % pour se refaire la cerise avant le dessert. Je connais, je reste tranquille. Bientôt les derniers hectomètres à 9, puis 11 et 13 %. Content, je plonge immédiatement vers le Chalet précédé bien sûr du dernier raidillon à 13 %.
Bilan : 7h15, ce sont 25’ de moins que prévu. 1h02' de pause seulement. L’état de fraicheur final m’étonne agréablement. Bonne gestion et surtout peu de km au-dessus de 8 % (seulement 8 sur 52). En conclusion, je suis convaincu que j’aurais pu, en dehors des problèmes d’intendance, réaliser l’étape initialement prévue des trois cols.
Avec trois belles étapes alpestres, je reste un peu sur ma faim, mais ma tête est remplie d’images merveilleuses avant de rentrer en Belgique. Comme on dit à Mons : « in v’là co pou ein an. »
Quelques chiffres : 104,34 km – 7h14’25’’ – 14,4 km/h – dén.: 2.728 m – 13 à 31° – soleil.

